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Critiques de la curation et modification de notre système cognitif

Publié le 18 décembre 2012 par Elise Salin | Laisser un commentaire 14 commentaires

Nous avons vu dans les articles précédents  l’évolution de nos pratiques de lecture, du changement de nos contenus, du changement de notre manière de traiter l’information.

En y réfléchissant bien, on peut faire le lien avec cette pratique « à la mode » qui est la curation de contenus : on se trouve face à une abondance d’information, alors on veut la traiter rapidement, la sélectionner selon nos intérêts, et la diffuser à nos proches pour la rendre visible médiatiquement.

 

Sommes-nous moins intelligents ?

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Ollivier Dyens, dans le texte « Le web et l’émergence d’une nouvelle structure de connaissances », nous parle de son expérience d’enseignant à l’université de Montréal, en faisant un constat : il a l’impression que ses élèves ont moins de connaissances, éprouvent des difficultés à se concentrer lors de ses cours, et n’ont aucun style d’écriture. Dyens va jusqu’à qualifier ses élèves de « sous-éduqués ».

enfant-devant-television

 

Une idée est largement diffusée au sein de notre société aujourd’hui : les jeunes générations auraient moins de savoirs, de connaissances historiques et culturelles que leurs aînés, et seraient davantage paresseux. Cela serait dû au fait que les jeunes préfèreraient passer leur temps libre devant les médias, télévision et Internet notamment, passifs devant un contenu peu intellectuel, de masse. En somme, ce cliché reprend la dichotomie entre la culture noble, élitiste, savante, issue des arts et de la littérature, et la culture de masse, inintelligente.

 

On pourrait reprocher à la curation de contenus web ce recours à l’automatisation des outils en ligne, qui enlève du coup au lecteur la faculté intelligente de trier et de juger lui-même la qualité de l’information qu’il reçoit. La capacité critique du lecteur est aussi remise en question par des professionnels de l’information, qui déplorent une détérioration de la qualité de cette information, jugée sur la base de l’intérêt du lecteur, de sa visibilité médiatique, et de résultats d’algorithmes. En outre, cette pratique proche du « copier-coller » est critiquable au niveau du non-respect des droits de l’auteur qui a produit le contenu « curaté » de base.

Vers de nouvelles formes de savoir

Ollivier Dyens part donc de ce constat pour démontrer que non, le monde n’est pas plus « bête », mais qu’il s’agit plutôt d’une évolution de notre système d’acquisition des connaissances. Selon Dyens, « Nous habitons maintenant un monde beaucoup trop rapide et fiévreux pour que nous puissions le comprendre avec nos outils cognitifs classiques. ». Les NTIC nous mettent face à l’hyperchoix, à un accès à une information éphèmère et sur-abondante, volume auquel nous n’étions pas habitués.

cerveau connecte

 

Par conséquent, la manière traditionnelle d’apprendre, par « la réflexion, la contemplation et l’analyse systématique » selon Dyens, n’est plus la même qu’aujourd’hui. Notre cognition a évolué car nous cherchons à capter cet incroyable nombre de mouvements. La connaissance aujourd’hui tient à la compréhension de la complexité, à faire des liens entre les données, à structurer, lier, associer les différentes informations. « Dans tous les médias (web, télévision, radio, multimédia, téléphone, jeux vidéos…) la connaissance est passage, écoulement, transition. Voilà pourquoi notre ère est marqué par le chevauchement, le métissage, l’intertextualité et l’intermédialité : la connaissance n’étant possible que dans la création de liens (de contaminations), seules les affinités infectieuses permettent les nouveaux entendements. » explique Dyens. Il compare ce nouveau système de cognition à la structure informationnelle du web : les deux ont des volumes énormes, qu’on n’arrive pas à visualiser, et dont nous ne connaissons pas la complexité. Nos neurones agissent commes nos clics sur un ordinateur : en allant de site en site, de neuronne en neuronne, explique Dyens, c’est-à-dire en associant des données à d’autres.

 

cerveau-connexion-ordinateur

La connaissance est superficielle, mais pas dans le sens négatif du terme : nous cherchons à capter des mouvements qui sont beaucoup plus nombreux qu’avant, qui ont des sources plus diverses. Voilà la nouvelle forme de connaissance, le nouveau savoir désormais : la capacité de faire des liens dans un monde connecté et complexe, « (…) structure d’acquisition des connaissances qui scanne, qui surfe, qui manœuvre en temps réel ».

Un aspect social du partage des connaissances

 

Il s’agit selon Dyens de la culture des jeunes : nous tweetons, nous réagissons sur Facebook, nous partageons des articles, des chansons, des images, des idées, et nous débatons. Nous sommes actifs, à la fois dans nos esprit et sur les réseaux crées par les nouvelles technologies.

 

online-social-networking-2

 

Ainsi, chaque individu peut participer, interagir : c’est le fondement de la démocratie participative développée par Pierre Rosanvallon. Le citoyen s’exprime et participe au discours politique en créant un écho de ses besoins et de ses attentes.

Par ailleurs, Jean-François Barbier-Bouvet rappelle l’aspect social d’Internet qui est fondamentalement un « média de diaspora« , c’est-à-dire un lieu virtuel où des gens peuvent se rassembler pour échanger, interagir et discuter, et créer ainsi des communautés virtuelles.

 
 
 

Commentaires

14 réponses à “Critiques de la curation et modification de notre système cognitif”

  1. […] Nous avons vu dans les articles précédents l’évolution de nos pratiques de lecture, du changement de nos contenus, du changement de notre manière de traiter l’information.En y réfléchissant bien, on peut faire le lien avec cette pratique « à la mode » qui est la curation de contenus : on se trouve face à une abondance d’information, alors on veut la traiter rapidement, la sélectionner selon nos intérêts, et la diffuser à nos proches pour la rendre visible médiatiquement.  […]

  2. […] Nous avons vu dans les articles précédents l’évolution de nos pratiques de lecture, du changement de nos contenus, du changement de notre manière de traiter l’information.En y réfléchissant bien, on peut faire le lien avec cette pratique « à la mode » qui est la curation de contenus : on se trouve face à une abondance d’information, alors on veut la traiter rapidement, la sélectionner selon nos intérêts, et la diffuser à nos proches pour la rendre visible médiatiquement.  […]

  3. […] Nous avons vu dans les articles précédents l'évolution de nos pratiques de lecture, du changement de nos contenus, du changement de notre manière de  […]

  4. Marc Rougier dit :

    Bonjour,

    Article passionnant. Je m’intéresse à l’histoire de l’écriture et au dessus d’elle celle de la gestion de connaissance. Depuis toujours les modèles de traitement de données déterministes et profonds ou plus intuitifs et collaboratifs coexistent (« depth first » vs « width first » pour reprendre l’idée de la superficialité positive de votre post; ou encore cerveau gauche vs droit selon d’autres modèles). Je trouve que votre article, sous l’angle de l’impact du monde social, connecté et temps réel, éclaire ce sujet de façon très pertinente en soulignant la probable accélération du second modèle et le parallèle entre l’organisation du web et celle du cerveau.

    Un point mineur cependant: curation et automatisme sont en fait antinomiques. L’essence du curateur est d’organiser la connaissance selon subjectivité, expertise ou passion humaine, sur un sujet donné; un ensemble de curateurs travaille comme un ensemble de synapses pour générer un sens à partir d’une masse diffuse de connaissance. Cette phrase du blog TeachTough résume bien la relation curation – connaissance: « Students use critical thinking skills to collect, evaluate and analyze content » (ref de l’article: http://www.teachthought.com/technology/why-scoopit-is-becoming-an-indispensable-learning-tool/)

    Merci en tout cas pour ce post passionnant.

    Marc (Scoop.it)

    • moodytryme dit :

      Merci pour votre gentil commentaire et l’intérêt que vous montrez vis à vis de notre dossier sur la curation et les pratiques de lecture.

      Je pense que mon amie Elise Salin, principale auteure de cet article, vous offrira une meilleure réponse que la mienne.
      Toutefois, je crois que nous parlions d’automatisation pour référer aux flux RSS, aux hashtags twitter, et aux moteurs de recherche qui fournissent « automatiquement » des réponses aux utilisateurs.

      Je n’ai pas encore lu l’article que vous avez cité dans votre commentaire, je reviendrai vers vous une fois cela fait.

  5. […] Nous avons vu dans les articles précédents l'évolution de nos pratiques de lecture, du changement de nos contenus, du changement de notre manière de  […]

  6. […] Nous avons vu dans les articles précédents l'évolution de nos pratiques de lecture, du changement de nos contenus, du changement de notre manière de  […]

  7. […] Nous avons vu dans les articles précédents l'évolution de nos pratiques de lecture, du changement de nos contenus, du changement de notre manière de  […]

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